
À une encablure d’une campagne électorale au cours de laquelle les immigrés (ces gloutons en prestations sociales diverses) se feront étriller par certains candidats ou d’obscure arrière-garde intellectuelle, sans avoir voix au chapitre, le sociologue Jean-Philippe Dedieu rompt le silence forcé avec La Parole immigrée.
Ancien Fulbright Fellow à UC-Berkely qui enseigne aujourd’hui à l’École normale supérieure et à Sciences Po Paris, Dedieu travaille depuis quelques années sur l’histoire et la sociologie politique des migrations africaines. D’où sa légitimité à dénouer « les fils entremêlés de l’histoire coloniale et de l’histoire post-coloniale, de l’histoire de l’État français et de l’histoire des États africains pour restituer la socio-histoire des migrations africaines en France : leur « passé », leur « passé-présent » et le « présent [de leur] passé » selon la formule de Michel Offerlé ».
L’originalité du travail de Jean-Philippe Dedieu réside dans l’analyse de la prise de parole des migrants africains dans l’espace public en France depuis les indépendances, au sein des « arènes publiques associatives ou syndicales, juridiques ou artistiques ». Et ceci dans une double quête : « cerner l’influence des États africains » dans cette « prise de parole » de leurs ressortissants dans l’ancienne métropole coloniale et examiner « la capacité ou la résistance de la démocratie [française] à accueillir leur parole ».
Si l’auteur de La Parole immigrée a brillamment su montrer que l’histoire commune inaltérable entre la France et ses ex-colonies africaines domine certaines maladresses politiques, il n’en conclut pas moins que « l’étude de la prise de parole de l’immigration subsaharienne conduit à douter de la volonté collective et politique d’associer véritablement les migrants africains à la configuration d’un espace public placé sous l’économie de la parole et constitutif de la démocratie ». En des termes conjoncturels : continuer la stigmatisation des immigrés pendant cette élection présidentielle ou renforcer leur « prise de parole », that is the question.



