Claude Guéant, grand chasseur d’immigrés devant l’Eternel

© Patrick Sagnes / ZARMA


Avec 32 922 étrangers boutés hors du territoire en 2011, la France devrait obtenir une bonne cotation à la Bourse aux expulsions. Le ministre de l’Intérieur, Claude Guéant, ne cache pas sa satisfaction devant une telle performance : « Ce chiffre est supérieur de 5 000 à celui de 28 000 initialement fixé. C’est le plus élevé jamais atteint », a déclaré le locataire de la Place Beauvau à un point de presse mardi 10 janvier.

2012 commençant bien côté chiffres, Guéant compte bien doper la machine à expulser avant le prochain décompte. Il a ainsi annoncé que le gouvernement vise un objectif de 35 000 expulsions à la fin de cette année. On ne doute pas que comme pour 2011, ce but salutaire pour la République sera atteint et dépassé.

Fier de ce bilan, qui fait passer les Brice Hortefeux et autre Eric Besson pour des apprentis expulseurs, M. Guéant a en outre informé — à l’endroit de ses adversaires sur ce thème qui lui demandent d’en faire toujours plus — qu’il compte bien réduire l’immigration légale. De 200 000, les étrangers admis régulièrement chaque année en France passeront à 180 000.

À quelques mois des élections présidentielle et législatives, ces résultats peuvent faire beaucoup de bien au candidat à la députation à Boulogne-Billancourt Claude Guéant mais aussi au président de la République Nicolas Sarkozy, dont la candidature attendue est bridée par des sondages obstinément défavorables.

Tour de chauffe sur les étrangers en attendant 2012


« Hasardeuse », c’est le qualificatif employé par le président Sarkozy, mercredi 23 novembre lors du 94e congrès des maires de France, pour juger la proposition de loi inscrite à l’ordre du jour au Sénat et visant à accorder le droit de vote aux étrangers non communautaires pour les élections municipales. À l’égard de cette mesure « qui présente le risque de diviser profondément les Français », les palinodies présidentielles ne sont guère surprenantes. En effet, depuis quelques semaines la rengaine de « La France aux Français », clabaudée de droite à encore-plus-à-droite, ne pouvait laisser indifférent tout futur candidat averti des retombées probables de ce tour de chauffe sur une thématique qui sera sans doute – et de nouveau – dominante à la prochaine présidentielle.

Rien d’étonnant donc que :
- le candidat Nicolas Sarkozy ait déclaré le 24 octobre 2005 : « Je ne trouve pas anormal qu’un étranger en situation régulière, qui travaille, paie des impôts et réside depuis au moins dix ans en France, puisse voter lors des élections municipales. J’ouvre un débat en faveur d’une mesure que je pense juste. »
- le presque-candidat pour un second mandat Nicolas Sarkozy soutienne ce 23 novembre 2011 : « Je crois depuis longtemps que le droit de voter et le droit d’être élu, dans nos territoires, doit demeurer un droit attaché à la nationalité française, étendu pour les élections municipales et européennes aux citoyens européens qui partagent avec nous une communauté de destin. »

Loin de chercher à privilégier « l’accès à la nationalité française », ce revirement est plutôt une câlinerie à l’endroit des élus de la Droite populaire qui se sont mis en quatre pour montrer leur hostilité à cette mesure. Et bien avant, entre la circulaire du ministre de l’Intérieur Claude Guéant et les incantations sur la « priorité nationale » de Marine Le Pen, le ton de la stigmatisation des étrangers semble avoir été adopté pour une entrée en matière dans la pré-campagne. Pour ceux qui s’attendaient à des politiques responsables qui, pour le bien de la démocratie, nous aiguilleraient vers « plus de République dans l’immigration et plus d’immigration dans la République », il faudra repasser après 2012 visiblement.