
« Hasardeuse », c’est le qualificatif employé par le président Sarkozy, mercredi 23 novembre lors du 94e congrès des maires de France, pour juger la proposition de loi inscrite à l’ordre du jour au Sénat et visant à accorder le droit de vote aux étrangers non communautaires pour les élections municipales. À l’égard de cette mesure « qui présente le risque de diviser profondément les Français », les palinodies présidentielles ne sont guère surprenantes. En effet, depuis quelques semaines la rengaine de « La France aux Français », clabaudée de droite à encore-plus-à-droite, ne pouvait laisser indifférent tout futur candidat averti des retombées probables de ce tour de chauffe sur une thématique qui sera sans doute – et de nouveau – dominante à la prochaine présidentielle.
Rien d’étonnant donc que :
- le candidat Nicolas Sarkozy ait déclaré le 24 octobre 2005 : « Je ne trouve pas anormal qu’un étranger en situation régulière, qui travaille, paie des impôts et réside depuis au moins dix ans en France, puisse voter lors des élections municipales. J’ouvre un débat en faveur d’une mesure que je pense juste. »
- le presque-candidat pour un second mandat Nicolas Sarkozy soutienne ce 23 novembre 2011 : « Je crois depuis longtemps que le droit de voter et le droit d’être élu, dans nos territoires, doit demeurer un droit attaché à la nationalité française, étendu pour les élections municipales et européennes aux citoyens européens qui partagent avec nous une communauté de destin. »
Loin de chercher à privilégier « l’accès à la nationalité française », ce revirement est plutôt une câlinerie à l’endroit des élus de la Droite populaire qui se sont mis en quatre pour montrer leur hostilité à cette mesure. Et bien avant, entre la circulaire du ministre de l’Intérieur Claude Guéant et les incantations sur la « priorité nationale » de Marine Le Pen, le ton de la stigmatisation des étrangers semble avoir été adopté pour une entrée en matière dans la pré-campagne. Pour ceux qui s’attendaient à des politiques responsables qui, pour le bien de la démocratie, nous aiguilleraient vers « plus de République dans l’immigration et plus d’immigration dans la République », il faudra repasser après 2012 visiblement.

