Tour de chauffe sur les étrangers en attendant 2012


« Hasardeuse », c’est le qualificatif employé par le président Sarkozy, mercredi 23 novembre lors du 94e congrès des maires de France, pour juger la proposition de loi inscrite à l’ordre du jour au Sénat et visant à accorder le droit de vote aux étrangers non communautaires pour les élections municipales. À l’égard de cette mesure « qui présente le risque de diviser profondément les Français », les palinodies présidentielles ne sont guère surprenantes. En effet, depuis quelques semaines la rengaine de « La France aux Français », clabaudée de droite à encore-plus-à-droite, ne pouvait laisser indifférent tout futur candidat averti des retombées probables de ce tour de chauffe sur une thématique qui sera sans doute – et de nouveau – dominante à la prochaine présidentielle.

Rien d’étonnant donc que :
- le candidat Nicolas Sarkozy ait déclaré le 24 octobre 2005 : « Je ne trouve pas anormal qu’un étranger en situation régulière, qui travaille, paie des impôts et réside depuis au moins dix ans en France, puisse voter lors des élections municipales. J’ouvre un débat en faveur d’une mesure que je pense juste. »
- le presque-candidat pour un second mandat Nicolas Sarkozy soutienne ce 23 novembre 2011 : « Je crois depuis longtemps que le droit de voter et le droit d’être élu, dans nos territoires, doit demeurer un droit attaché à la nationalité française, étendu pour les élections municipales et européennes aux citoyens européens qui partagent avec nous une communauté de destin. »

Loin de chercher à privilégier « l’accès à la nationalité française », ce revirement est plutôt une câlinerie à l’endroit des élus de la Droite populaire qui se sont mis en quatre pour montrer leur hostilité à cette mesure. Et bien avant, entre la circulaire du ministre de l’Intérieur Claude Guéant et les incantations sur la « priorité nationale » de Marine Le Pen, le ton de la stigmatisation des étrangers semble avoir été adopté pour une entrée en matière dans la pré-campagne. Pour ceux qui s’attendaient à des politiques responsables qui, pour le bien de la démocratie, nous aiguilleraient vers « plus de République dans l’immigration et plus d’immigration dans la République », il faudra repasser après 2012 visiblement.

A l’ère des forteresses, le PNUD invite à « Lever les barrières »

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Le 5 octobre dernier, le Programme des nations unies pour le développement (PNUD) présentait à Bangkok son « Rapport mondial sur le développement humain » pour l’année 2009 (RDH09).

Intitulé « Lever les barrières: Mobilités et développements humains », ce rapport produit dans une quasi indifférence médiatique recouvre toute sa pertinence aujourd’hui, alors qu’il est impossible d’échapper, tous supports confondus, au bouillonnement suscité par la problématique du débat sur l’identité nationale. Les actes posés par les autorités chargées de l’immigration se détachent progressivement des indications de ce rapport qui « invite les gouvernements à limiter les restrictions sur les déplacements à l’intérieur de leur pays et au-delà des frontières afin d’élargir les choix humains et les libertés ».

En effet, après une opération de démantèlement – évacuation hyper médiatisée, on a eu droit aux « charters de la honte » qui expulseront par un « vol groupé » des migrants afghans, forcés de se déplacer en raison du conflit qui sévit chez eux depuis plusieurs années. Suite aux tollés provoqués par de tels spectacles, celui qui, selon Le Figaro, « n’aime rien de plus que d’avoir à croiser le fer », continue de plus belle la surenchère dans sa gestion de la politique d’immigration en lançant ce grand débat sur une identité nationale française menacée; sans doute par les immigrés.

Au courageux M. Besson, qui est aussi le ministre chargé de l’intégration, nous soumettons ce passage du résumé du RDH09 : « Au fur et à mesure qu’ils parviennent à acquérir une meilleure maîtrise de la langue ainsi que d’autres compétences nécessaires pour grimper sur l’échelle des salaires, beaucoup de migrants s’intègrent relativement facilement. Ils apportent alors la preuve que les craintes concernant leur impossible intégration, semblables à celles exprimées au début du XXe siècle en Amérique au sujet des Irlandais, par exemple, sont tout aussi infondées aujourd’hui qu’hier. »

Par ailleurs, on se demande toujours pourquoi les actions de M. Besson en faveur de l’intégration, si elles existent, ne connaissent jamais un tel emballement?

N. FALL