Sur le site de l’UMP les internautes sont invités chaque semaine à donner leur avis dans la rubrique « Question de la semaine ». En prodrome aux développements du Pr Guéant sur l’inégalité des civilisations, les Français ont été consultés la semaine dernière en des termes on ne peut plus clair.
Et 54 % des sondés sont favorables à l’expulsion de ces « étrangers auteurs [d'] actes de délinquance » qui ont « fait de la violation de la loi pénale [leur] mode habituel de vie ».
Ce 20 janvier, le décollage est prévu à 10 h 30 depuis l’aéroport Charles-de-Gaulle. À l’embarquement, le personnel de bord est fort prévenant et ne signale aucune particularité sur le vol. À l’arrière de l’avion, pourtant, un homme hurle.« Laisse-moi, je veux descendre ! J’ai pas volé, j’ai pas tué, moi je suis pas esclave. » Il est entouré par quatre hommes et une femme, dont les brassards indiquent « police aux frontières ». « Je veux partir pour moi-même, je veux emmener le mot liberté avec moi. » En réponse à ses cris, il y a d’abord le silence des passagers. Et un terrible sentiment d’impuissance et de honte.
« Je n’aime pas non plus assister à ça, dit un steward. Mais on n’a pas le droit de s’en mêler. Mieux vaut peut-être pour lui qu’il soit là que dans un charter. Ici, au moins, on est là, on voit leurs pratiques, et on est avec lui. » Prière donc aux passagers de se montrer sourds, muets et consentants. Mais l’avion a du retard, et l’homme, malgré le tranquillisant injecté dans son bras, se débat toujours autant. Dans sa bouche, les mêmes mots reviennent en boucle. « Ne vous inquiétez pas, ça va finir par se calmer », assure le steward. En fond sonore, la voix du personnel : « Nous sommes heureux de vous accueillir sur ce vol Air France à destination de Conakry. »
Abdoul Sogui Diaw, professeur d’anglais sous la menace d’une OQTF : « Je suis en France depuis dix ans, j’ai un contrat du Rectorat de Versailles, j’aurais dû commencer en septembre au lycée professionnel Jules Verne de Cergy (Val d’Oise), cela aurait été mon septième bahut. Mais comme je n’ai plus de papiers, j’ai préféré les en avertir et ne pas venir. Mais j’ai bel et bien ma place en France. Et je vais faire valoir mes arguments. »
Claude Guéant, dimanche 22 mai 2011 au Grand rendez-vous Europe 1-Le Parisien/Aujourd'hui en France.
Le dimanche 22 mai sur Europe 1, le ministre de l’Intérieur Claude Guéant affirmait : « Contrairement à ce qu’on dit, l’intégration ne va pas si bien que ça : le quart des étrangers qui ne sont pas d’origine européenne sont au chômage, les deux tiers des échecs scolaires, c’est l’échec d’enfants d’immigrés. » Dans la course à « qui stigmatisera le plus les immigrés », il faut reconnaître la sortie est de taille – même pour Marine.
Le lundi 27 juin, l’Insee publie un communiqué dans lequel, après un rappel des statistiques publiées en 2005 sur le parcours scolaire des enfants d’immigrés, on peut apprendre : « La proportion d’enfants d’immigrés parmi les élèves sortis sans qualification de l’enseignement secondaire peut être estimée à environ 16 % pour les enfants de familles immigrées. Si on y ajoute les enfants de familles « mixtes », cette proportion passe à environ 22 %. » Quoique tardive, cette mise au point de l’Insee est une œuvre salutaire, qui participe à la salubrité du débat public.
10 mai 2001-10 mai 2011. Dix ans que la loi communément appelée « loi Taubira » a été adoptée en France par le Parlement. Ce texte promulgué le 21 mai 2001 tendait « à la reconnaissance de la traite et de l’esclavage en tant que crime contre l’humanité ». Aujourd’hui, on peut clairement affirmer que l’esclavage que cette loi condamnait il y a une décennie subsiste avec la complicité passive de « l’Europe forteresse ». Et ce sont les immigrés africains qui en sont les victimes.
Fabrizio Gatti, célèbre journaliste italien, a déjà écrit : « Pour ne pas mourir de faim, ils travaillent gratuitement dans les maisons des commerçants. Ils lavent les casseroles, s’occupent des jardins, cueillent des dattes, pour un plat de pâtes, un café ou quelques cigarettes. Ils voulaient arriver en Italie, ils sont devenus esclaves. Seulement après des mois de travail, le patron les laisse partir. Mais la peur de tous est de rester prisonnier plus d’un an. Ceux qui sont dans ce cas sont devenus fous et vivent dans les maquis. C’est une vieille histoire. Les Arabes libyens considèrent que les habitants de la côte africaine sont des êtres inférieurs. Avant, ils traversaient le Sahara pour les acheter et les revendre comme esclaves. Maintenant, ils les amassent sur des camions, et les traitent plus mal que des bêtes. Personne ne s’inquiète si ces clandestins meurent dans le désert. »
Plus explicite, cette vidéo publiée par l’hebdomadaire italien L’Espresso avec les commentaires de Gatti.
Nous proposons une traduction sans doute pas idéale mais qui ne trahit aucunement les commentaires des images en italien.
« C’est de cette façon que meurent les femmes et les hommes qui ne débarqueront pas à Lampedusa !
Après avoir été bloqués en Libye à cause de l’accord entre Rome et Tripoli, les immigrés subsahariens sont livrés au désert, abandonnés sur le sable juste à la frontière libyo-nigérienne. Parfois, ils sont obligés de continuer à pied jusqu’à Madama, avant-poste de l’armée du Niger, à 80 km au sud de la Libye. Il arrive qu’ils se perdent, s’écroulent, visages contre cette terre brûlante ; affamés, assoiffés, personne ne retrouvera leurs corps.
Ce film révèle une de ces tragédies, une brève vidéo que l’hebdomadaire L’Espresso a réussi à sortir de la Libye et du Niger. Une opération de rapatriement qui a échoué : 11 morts dont 7 hommes et 4 femmes. Cette vidéo a été tournée par un voyageur avec son téléphone portable le long de la route d’Al Gatroun, la dernière oasis libyenne, avant la frontière militaire avec le Niger.
C’est la route des esclaves. La même arpentée depuis 2003 par des dizaines de milliers d’immigrants africains ; des femmes et des hommes à la recherche de travail en Libye afin de se payer le prix du voyage en barque jusqu’à Lampedusa.
La vidéo a été tournée le 16 mars 2009 à 12h31. L’heure de mi-journée est confirmée par l’absence d’ombres dans les images. Peu de jours avant le président du Conseil Silvio Berlusconi était en Libye pour signer un énième accord avec le colonel Mouammar Kadhafi. Cette visite de Berlusconi a été l’occasion pour l’Italie de demander officiellement des excuses pour l’occupation coloniale. Et depuis, Rome et Tripoli ont mis en place une étroite collaboration avec d’importantes patrouilles le long des côtes afin d’arrêter les immigrés qui veulent atteindre l’île de Lampedusa.
Les immigrés arrêtés par ces patrouilles, sont entassés dans des camions militaires avant d’être débarqués dans le cadre de leur rapatriement. Ils sont ensuite contraints à poursuivre le voyage à pied ou livrés à des trafiquants qui souvent les abandonnent avant qu’ils n’arrivent à destination. À la frontière entre la Libye et le Niger, le premier poste militaire est Madama, à 80 km au sud. Autour de cette zone, on ne distingue que des collines et des dunes de sable. 80 km de marche au cours desquels ces immigrés africains, désorientés, sont souvent obligés pour s’alléger de se débarrasser de leurs gourdes d’eau. Ils sont ainsi appelés à mourir.
Déjà en 2005, L’Espresso avait découvert que l’opération de rapatriement vers le Niger après le premier accord entre Berlusconi et Kadhafi avait provoqué 106 morts en quatre mois, selon les chiffres officiels. Même sort pour les 50 immigrés africains morts écrasés, parce qu’ils étaient chargés comme du bétail dans des camions qui se sont renversés. Tel le jeune Ghanéen qui n’a jamais pu être identifié parce que dévoré par une bande de chiens sauvages lors d’une pause à Madama. Tout comme les trois jeunes Nigériennes mortes de soif dans le désert. Ainsi que les quinze autres clandestins abandonnés mourants, dont quatre hommes retrouvés par une patrouille humanitaire française. Tous ces Africains condamnés à mourir par ceux qui ont organisé leur rapatriement.
Ces femmes et ces hommes se sont abrités près d’une colline de roche et de sable. Ils espéraient apercevoir depuis une telle hauteur un convoi de passage pour demander de l’aide. Pas de voies tracées ni de routes bitumées dans cette région du Sahara, on s’oriente seulement avec le soleil et les étoiles. »