Sondage et amalgame sur le site de l’UMP

Sur le site de l’UMP les internautes sont invités chaque semaine à donner leur avis dans la rubrique « Question de la semaine ». En prodrome aux développements du Pr Guéant sur l’inégalité des civilisations, les Français ont été consultés la semaine dernière en des termes on ne peut plus clair.

Et 54 % des sondés sont favorables à l’expulsion de ces « étrangers auteurs [d'] actes de délinquance » qui ont « fait de la violation de la loi pénale [leur] mode habituel de vie ».

« Nous sommes heureux de vous accueillir sur ce vol Air France à destination de Conakry »

Ce 20 janvier, le décollage est prévu à 10 h 30 depuis l’aéroport Charles-de-Gaulle. À l’embarquement, le personnel de bord est fort prévenant et ne signale aucune particularité sur le vol. À l’arrière de l’avion, pourtant, un homme hurle.« Laisse-moi, je veux descendre ! J’ai pas volé, j’ai pas tué, moi je suis pas esclave. » Il est entouré par quatre hommes et une femme, dont les brassards indiquent « police aux frontières ». « Je veux partir pour moi-même, je veux emmener le mot liberté avec moi. » En réponse à ses cris, il y a d’abord le silence des passagers. Et un terrible sentiment d’impuissance et de honte.

« Je n’aime pas non plus assister à ça, dit un steward. Mais on n’a pas le droit de s’en mêler. Mieux vaut peut-être pour lui qu’il soit là que dans un charter. Ici, au moins, on est là, on voit leurs pratiques, et on est avec lui. » Prière donc aux passagers de se montrer sourds, muets et consentants. Mais l’avion a du retard, et l’homme, malgré le tranquillisant injecté dans son bras, se débat toujours autant. Dans sa bouche, les mêmes mots reviennent en boucle. « Ne vous inquiétez pas, ça va finir par se calmer », assure le steward. En fond sonore, la voix du personnel : « Nous sommes heureux de vous accueillir sur ce vol Air France à destination de Conakry. »

La suite sur basta!

Claude Guéant, grand chasseur d’immigrés devant l’Eternel

© Patrick Sagnes / ZARMA


Avec 32 922 étrangers boutés hors du territoire en 2011, la France devrait obtenir une bonne cotation à la Bourse aux expulsions. Le ministre de l’Intérieur, Claude Guéant, ne cache pas sa satisfaction devant une telle performance : « Ce chiffre est supérieur de 5 000 à celui de 28 000 initialement fixé. C’est le plus élevé jamais atteint », a déclaré le locataire de la Place Beauvau à un point de presse mardi 10 janvier.

2012 commençant bien côté chiffres, Guéant compte bien doper la machine à expulser avant le prochain décompte. Il a ainsi annoncé que le gouvernement vise un objectif de 35 000 expulsions à la fin de cette année. On ne doute pas que comme pour 2011, ce but salutaire pour la République sera atteint et dépassé.

Fier de ce bilan, qui fait passer les Brice Hortefeux et autre Eric Besson pour des apprentis expulseurs, M. Guéant a en outre informé — à l’endroit de ses adversaires sur ce thème qui lui demandent d’en faire toujours plus — qu’il compte bien réduire l’immigration légale. De 200 000, les étrangers admis régulièrement chaque année en France passeront à 180 000.

À quelques mois des élections présidentielle et législatives, ces résultats peuvent faire beaucoup de bien au candidat à la députation à Boulogne-Billancourt Claude Guéant mais aussi au président de la République Nicolas Sarkozy, dont la candidature attendue est bridée par des sondages obstinément défavorables.

Tour de chauffe sur les étrangers en attendant 2012


« Hasardeuse », c’est le qualificatif employé par le président Sarkozy, mercredi 23 novembre lors du 94e congrès des maires de France, pour juger la proposition de loi inscrite à l’ordre du jour au Sénat et visant à accorder le droit de vote aux étrangers non communautaires pour les élections municipales. À l’égard de cette mesure « qui présente le risque de diviser profondément les Français », les palinodies présidentielles ne sont guère surprenantes. En effet, depuis quelques semaines la rengaine de « La France aux Français », clabaudée de droite à encore-plus-à-droite, ne pouvait laisser indifférent tout futur candidat averti des retombées probables de ce tour de chauffe sur une thématique qui sera sans doute – et de nouveau – dominante à la prochaine présidentielle.

Rien d’étonnant donc que :
- le candidat Nicolas Sarkozy ait déclaré le 24 octobre 2005 : « Je ne trouve pas anormal qu’un étranger en situation régulière, qui travaille, paie des impôts et réside depuis au moins dix ans en France, puisse voter lors des élections municipales. J’ouvre un débat en faveur d’une mesure que je pense juste. »
- le presque-candidat pour un second mandat Nicolas Sarkozy soutienne ce 23 novembre 2011 : « Je crois depuis longtemps que le droit de voter et le droit d’être élu, dans nos territoires, doit demeurer un droit attaché à la nationalité française, étendu pour les élections municipales et européennes aux citoyens européens qui partagent avec nous une communauté de destin. »

Loin de chercher à privilégier « l’accès à la nationalité française », ce revirement est plutôt une câlinerie à l’endroit des élus de la Droite populaire qui se sont mis en quatre pour montrer leur hostilité à cette mesure. Et bien avant, entre la circulaire du ministre de l’Intérieur Claude Guéant et les incantations sur la « priorité nationale » de Marine Le Pen, le ton de la stigmatisation des étrangers semble avoir été adopté pour une entrée en matière dans la pré-campagne. Pour ceux qui s’attendaient à des politiques responsables qui, pour le bien de la démocratie, nous aiguilleraient vers « plus de République dans l’immigration et plus d’immigration dans la République », il faudra repasser après 2012 visiblement.

Echec scolaire des enfants d’immigrés : l’Insee redresse les mécomptes de Guéant

Claude Guéant, le 22 mai 2011 au Grand rendez-vous Europe 1-Le Parisien/Aujourd'hui en France.

Claude Guéant, dimanche 22 mai 2011 au Grand rendez-vous Europe 1-Le Parisien/Aujourd'hui en France.

Le dimanche 22 mai sur Europe 1, le ministre de l’Intérieur Claude Guéant affirmait : « Contrairement à ce qu’on dit, l’intégration ne va pas si bien que ça : le quart des étrangers qui ne sont pas d’origine européenne sont au chômage, les deux tiers des échecs scolaires, c’est l’échec d’enfants d’immigrés. » Dans la course à « qui stigmatisera le plus les immigrés », il faut reconnaître la sortie est de taille – même pour Marine.

Le lundi 27 juin, l’Insee publie un communiqué dans lequel, après un rappel des statistiques publiées en 2005 sur le parcours scolaire des enfants d’immigrés, on peut apprendre : « La proportion d’enfants d’immigrés parmi les élèves sortis sans qualification de l’enseignement secondaire peut être estimée à environ 16 % pour les enfants de familles immigrées. Si on y ajoute les enfants de familles « mixtes », cette proportion passe à environ 22 %. » Quoique tardive, cette mise au point de l’Insee est une œuvre salutaire, qui participe à la salubrité du débat public.