Restreindre aux sans-papiers l’accès à l’AME au risque de mettre en péril la santé publique

Soins aux sans-papiers

C’est cette triste prouesse que certains députés de la majorité UMP ont pu réaliser ce mardi. L’amendement instaurant un droit d’entrée de 30 euros pour les étrangers en situation irrégulière qui veulent bénéficier de l’Aide médicale d’État (AME) a été voté par l’Assemblée nationale.

L’amendement a été déposé par plusieurs députés UMP dont Thierry Mariani (Vaucluse) et Jean Léonetti (Alpes-Maritimes). Le principe du forfait dont il est question dans cet amendement a été évoqué une première fois par la ministre de la Santé Roselyne Bachelot.

Cette décision d’instaurer un forfait est décriée par les associations membres de l’Observatoire du droit à la santé des étrangers (ODSE). Avec ces restrictions, les sans-papiers pourraient être « donc pris en charge à un stade plus avancé de leur pathologie, au risque d’arriver quand [ils] ont besoin de soins urgents, toujours plus lourds et compliqués à mettre en œuvre ».

Mais le pire comme l’a souligné la députée d’Indre-et-Loire, Marisol Touraine, c’est qu’une telle réduction de l’accès à l’AME est une menace sur la santé publique. En effet de nombreux malades, gravement atteints, seraient condamnés à rester sans soins. Pour passer de sans-papiers à sans soins, il suffit d’un amendement UMP.

Rock sans-papiers : un coup de gueule réussi

Le collectif Rock Sans Frontières a réussi, samedi 18, à mobiliser 11 000 personnes autour d’une vingtaine d’artistes à Bercy pour soutenir les travailleurs et familles de sans-papiers.

RSP à Bercy

19h40, à la sortie du métro, on constate que la rue de Bercy a connu des affluences supérieures à celle de ce samedi 18. L’affiche du jour, c’est Rock sans-papiers, un concert de solidarité organisé pour aider ces travailleurs étrangers qu’on désigne sous l’appellation de « sans-papiers ».

Autour du Réseau éducation sans frontières (RESF), de certains syndicats et associations, le collectif Rock sans frontières, créé pour l’occasion, a proposé au public un concert de rock singulier. Ce qui n’a pas échappé au tenancier de la crêperie-kebbab qui, derrière le comptoir, constate « une ambiance et des tenues différentes de celles que j’ai l’habitude de voir lors des concerts de rock ».

Communion autour d’une cause juste

Aux terrasses des cafés alentour, ce n’est pas le débordement « habituel », on peut même compter plusieurs tables inoccupées. Devant l’entrée de la salle de Bercy, quelques militants des organisations de défense des sans-papiers proposent prospectus et pétitions.

© Peregrinus

Une fois à l’intérieur, c’est une tout autre atmosphère. Et, on ne peut qu’étayer les propos de Sylvain Mustaki, un des organisateurs, qui a déclaré à l’AFP que « ça s’est superbement passé, avec un public très chaleureux, de la belle musique et des moments d’émotion ».

Cali, Agnès Jaoui, Tryo, Jeanne Cherhal, Abd Al Malik, Jane Birkin, Têtes Raides, Cheb Bilal, Oxmo Puccino, Jacques Higelin ont entre autres contribué à faire de cette fête une forte communion autour de la cause des travailleurs sans-papiers.

RSP à Bercy

Les recettes tirées des 11 000 entrées permettront d’apporter « une aide directe et matérielle aux sans-papiers », selon Mustaki. Il a indiqué que l’objectif premier de cette manifestation a été de « pousser un coup de gueule avant la présentation du nouveau projet de loi Besson [relatif à l’immigration, à l’intégration et à la nationalité] à l’Assemblée nationale ».

Quant à la mobilisation contre cette loi qui « va réduire les droits des migrants », le militant du collectif Rock sans frontières se vante : « Ça, je crois qu’on l’a réussi à 100 % ! »

Poor Undocumented

Dans un excellent article du Monde diplomatique de juin 2010 sur la politique européenne en matière d’immigration, nous n’avons pas pu résister à cette mémorable saillie du Dr Pat Bertroche, Republican Candidate For US Congress:

« Je pense que nous devrions les attraper, les documenter,

s’assurer de savoir où ils se trouvent et ce qu’ils font.

En fait, je suis pour qu’on leur implante des micropuces.

Je peux poser une puce à mon chien pour le retrouver.

Pourquoi ne pourrais-je pas “pucer” un clandestin ? »

No comment !

Raisonnablement suspect

D.R.

D.R.

Comment peut-on juger un individu « raisonnablement suspect » d’être un clandestin ? C’est à cet exercice acrobatique que les policiers de l’Arizona devront régulièrement s’occuper dès cet été si la loi votée dans ce quarante-huitième État étasunien entre en vigueur. La loi en question, promulguée le 23 avril dernier, procède d’une réforme qui durcit la réglementation sur l’immigration. Dans cet État frontalier du Mexique, où les sans-papiers, principales cibles de ce texte, estimés à 450 000 représentent un quart de la population, un des passages de la loi a soulevé de vives protestations. En permettant aux policiers d’interpeller toute personne « raisonnablement suspecte » de clandestinité, cette nouvelle législation a indigné populations et élus, démocrates et républicains confondus.

Selon le quotidien Libération, le député démocrate Jared Polis voit l’Arizona « en marche pour devenir un État policier… Cela rappelle le statut des Juifs en Allemagne avant la Seconde Guerre mondiale, qui devaient avoir leurs papiers sur eux tout le temps et étaient soumis à des contrôles sur le seul soupçon d’être juifs ». La correspondante de Libération débuche même un conservateur, Cesar Conda, qui dénonce cette « loi illégale » qui consacre le règne de « Big Brother ». Contre ce texte dont la constitutionnalité est largement contestée, même le président Obama a réagi craignant son incompatibilité aux droits civiques.

Devant ce charivari, auquel s’est mêlé le président mexicain Felipe Calderon, on ne peut s’empêcher de morigéner ces paumés : « Quand on voit ce débat sur les contrôles au faciès, on a parfois du mal à y croire, en Europe cela fait plusieurs années que nous avons résolu ce problème. En France, depuis 2007, une étude lancée par la Open Society Justice Initiative, sous la supervision technique de Lamberth Consulting et en collaboration avec deux chercheurs (Fabien Jobard et René Lévy) du Centre national de la recherche scientifique (CNRS), a confirmé que “les personnes les plus exposées aux contrôles d’identité sont les étrangers (et ceux présumés l’être), qui sont soumis à la fois aux dispositions du Code de procédure pénale et au Code de l’entrée et du séjour des entrées et du droit d’asile (Ceseda)”.» Ainsi, le seul conseil qu’on peut vous donner d’ici, chers amis Américains : « Hâtez-vous de rejoindre le club des pays qui réservent aux immigrés rafles, centres de rétention et charters ! »

N. FALL