Autant que le discours controversé prononcé par M. Nicolas Sarkozy, le 26 juillet 2007 à Dakar, la récente réplique de la présidente de la région du Poitou-Charentes a suscité une volée de bois vert à l’encontre de cette dernière. Le discours de Mme Royal qui aborde dans le fond des thèmes, sans doute, très importants sur les relations entre l’Afrique et l’ancienne puissance coloniale, n’a été commenté dans les médias que pour la riposte qu’elle entendait faire à cette triste réflexion du président Sarkozy qui professait que « le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire ».
Beaucoup de commentateurs et d’hommes politiques dans le concert de réactions enflammées ont soulevé la question de la légitimité de Mme Royal à demander pardon pour les propos maladroits du président Sarkozy qui « n’engagent pas la France ». Au regard du jeu politique en France depuis quelques années, il semble plus judicieux de sonder la stratégie mise en branle ici plutôt que de s’épancher sur la légitimité. En effet, la légitimité paraît, tout bonnement, induite par son rang d’ancienne candidate à l’élection présidentielle de 2007 qui a rassemblé autour de son nom 17 millions de voix au second tour.
On est même tenté, pour éviter dire qu’elle s’en est inspirée, de faire le rapprochement entre cette sortie de Mme Royal et la « visite d’Etat » du ministre de l’intérieur Nicolas Sarkozy, à l’automne 2006 aux Etats Unis d’Amérique. N’était-ce pas M. Sarkozy, ministre de l’intérieur à l’époque, qui s’était livré à une attaque en règle contre la politique de son propre gouvernement à propos de l’Irak. N’était-ce pas lui qui dénonçait « l’arrogance française » et qui déplorait l’attitude de son gouvernement en confessant : « Il n’est pas convenable de chercher à mettre ses alliés dans l’embarras ou de donner l’impression de se réjouir de leurs difficultés ».
Ce contre discours de Dakar résulte, vraisemblablement, d’une stratégie d’occupation de la scène médiatique, stratégie qui semble bien affûtée à un double point de vue. D’abord l’idée d’un contre discours pour donner la réplique au fameux discours de Dakar a provoqué, à un point qu’on ne pouvait imaginer, les réactions de la soldatesque sarkozyste. Mais ce qui constitue, en outre, une offensive contre la pensée dominante en vigueur depuis l’élection du président Sarkozy, c’est cette explication de Mme Royal, sur les raisons de son discours, qui affirme : « J’ai dit pardon pour l’ensemble des désordres et des souffrances qui ont été infligés à l’Afrique. Ce mot n’avait jamais été prononcé, maintenant il est prononcé ». Mme Royal doit bien savoir qu’il n’y a pire « déviationnisme » que la repentance en ces temps qui courent. Et, elle peut-être assurée que cette incursion dans ce champ « idéologique » l’exposera pour longtemps encore aux critiques de certains maîtres à penser.
S. FALL