Le fameux slogan du futur candidat de la droite majoritaire ( U.M.P.) qui a fait tant jasé en France sied mieux, au regard de la nouvelle configuration, à la Coalition Populaire pour l’Alternative plus communément appelée C.P.A. Il faut dire que comme idée de cadeau de Noël ou de fin d’année, il y a plus indiqué pour ces milliers de sénégalais qui depuis longtemps n’ont cessé de louer les vertus de l’union de l’opposition dans l’optique des prochaines échéances de février 2007.
Dans ce qu’on peut désigner comme une ultime réunion entre les dirigeants des principaux partis d’opposition qui composent la C.P.A., ces derniers ont fait montre des limites de leur aptitude à l’unité. Il en est ressorti une implosion, un clash ou l’éclatement de cette coalition. Peu importe les qualifications retenues, le constat d’échec reste manifeste devant la tentative de constitution d’un bloc politique solidaire représentatif de ce souhait tant exprimé de voir une opposition unie face à la majorité libérale. Conscients des attentes placées dans cette coalition grâce aux signaux forts d’unité qu’elle renvoyait à des populations admiratives, les dirigeants des partis concernés refusent de reconnaître la dissolution mais parlent d’une alternative permettant deux modalités de candidature aux élections présidentielles et législatives de 2007. Ainsi on a deux groupes avec d’un coté la coalition autour de Moustapha Niass, Amath Dansoko et Madior Diouf composée de dix partis ( Alternative 2007 ) et le reste de la C.P.A. autour de Abdoulaye Bathily et de Ousmane Tanor Dieng. Les allures de « rupture tranquille » sont perceptibles à travers leurs vœux sans cesse rappelés de poursuivre leur volonté politique commune et de maintenir un cadre de concertation.
En mettant en exergue la perspective qu’elle ouvrait de voir se dresser plusieurs candidatures crédibles émanant de l’opposition ainsi que la probabilité de retrouvailles au second tour, plusieurs commentateurs ont reconnu sans autre réserve les aspects positifs de cette division au sein de la C.P.A. Cependant il serait intéressant d’évoquer les images qu’une telle rupture renverrait aux yeux des citoyens à quelques semaines des élections alors que les différents protagonistes ont pendant longtemps théorisé la nécessité de l’union pour une cause commune. Celle de la défense des intérêts et du bien-être des sénégalais qui exigeait de reléguer certaines différences au second plan pour une victoire sur « le régime libéral » en 2007 .
Peut-on analyser la situation en reconnaissant que les forces de la division ne peuvent se laisser maîtriser sans désintéressement. Une telle intuition, peut-être trop fragile pour fonder une analyse, appelle tout de même à formuler quelques observations sur l’aporie qui peut résulter d’une telle coalition.
Les responsables politiques pour exercer la plénitude de leur mission doivent inévitablement composer avec plusieurs personnalités différentes au lieu de faire du terrain politique le jardin favori de l’ego. Les orientations originelles à la base de l’unité ne peuvent survivre aux luttes d’intérêts privés ni au concours d’ego surdimensionnés. Ainsi le combat des hommes pour un leadership prend facilement le pas sur la logique de départ pour aboutir à ce que le Général De Gaulle qualifiait dans ces Mémoires de guerre de « juxtaposition d’intérêts particuliers, d’où ne peuvent sortir jamais que de faibles compromis ».
Cette situation interpelle dans un cadre général sur l’aptitude de cette catégorie qu’on appelle « les chefs de partis » à traduire les aspirations des citoyens. En effet, hormis ce cas particulier notre histoire politique regorge d’exemples prouvant que les intérêts des sénégalais, membres ou non des différentes formations politiques, coïncident rarement avec ceux des dirigeants politiques censés les représenter.
L’explosion de la C.P.A. dévoile dans une certaine mesure cette illusion d’un sacerdoce qui inclinerait nécessairement nos dirigeants politiques à exécuter la volonté de ceux qu’ils représentent.
En outre la garantie des retrouvailles fraternelles lors d’un éventuel second tour semble ne pas tenir compte des conséquences du jeu de séduction de l’opinion, de l’âpreté que peuvent revêtir ces joutes politiques du premier tour.
Une analyse de la tortuosité du jeu politique dans ces périodes, comme l’ont démontrée les dernières élections de 2000, peut à bien des égards laisser perplexe.
Sarah FALL