S’il y a une constante qui doit inquiéter les zélateurs européens, c’est le taux d’abstention qui depuis 1979 n’arrête de progresser au fil des rendez-vous électoraux. De 38% en 1979, le « parti de l’abstention » s’est hissé le 7 juin dernier à 58% en moyenne.
La faible participation outre ce lancinant souci démocratique qu’elle laisse subodorer, interpelle à la lecture de cette « révélation » du directeur adjoint du département Opinion de l’institut IFOP reconnaissant que « les bons scores de l’UMP et d’Europe Ecologie sont dus au fait que l’électorat populaire s’est le plus abstenu ». Une étude de la sociologie de l’abstention a révélé que les ouvriers et les employés se sont nettement abstenu avec respectivement des taux de 69% et 66%. ( Sondage TNS Sofres / Logica réalisé le dimanche 7 juin 2009 pour Le Monde, Le Point, France 2, France 3 et France Inter ). Ce sondage indique de façon claire que les courants politiques les plus réfractaires à une gestion politicienne et inhumaine des questions de l’immigration ont le plus souffert de la forte abstention. L’extrême gauche a subi l’abstention dans l’ordre de 68%, alors que 73% des personnes ayant voté pour Olivier Besancenot au premier tour de l’élection présidentielle de 2007 n’ont pas participé à ce scrutin européen.
Loin d’être propre à la France, cette abstention de l’électorat populaire européen a permis à la droite européenne de remporter largement ces élections avec 264 représentants, ainsi qu’elle a favorisé une poussée des identitaires qui avec 23 sièges de plus obtiendront 108 députés dans le nouveau Parlement.
Ces partis de la droite populiste ou d’extrême droite, que la science politique s’applique à distinguer, ont en commun une stratégie propice qui consiste à déployer ostensiblement leur immuable agenda anti immigration. Une telle stratégie que l’on retrouve parfaitement chez certaines formations se réclamant de la droite républicaine, est en droite ligne avec des textes comme le Pacte européen sur l’immigration et l’asile ou la directive relative « au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ». Ainsi, du PVV du Hollandais Geert Wilder au British National Party de Nick Griffin sans oublier la Ligue du Nord d’Umberto Bossi, les prosélytes de l’Europe forteresse ne manqueront pas au Parlement européen pour perpétuer les prescriptions de cette « Europe qui protège ».
L’arrivée de ces nouveaux renforts donnera davantage de latitude à la droite majoritaire pour orienter la politique européenne en matière d’immigration vers plus de sévérité. D’autant plus que la gauche social-démocrate qui aurait pu récuser cette politique s’est plutôt montrée jusqu’ici assez conciliante. À peu de chose près, il en a été ainsi tant pour le Pacte sur l’immigration et l’asile que pour la directive « Retour » adoptée le 18 juin 2008.
Sarah FALL
