Ne pas héberger toute la misère du monde ou en prendre sa part?

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Les célébrations du soixante-dixième anniversaire de la Cimade ont été l’occasion pour l’ancien premier ministre socialiste, M. Michel Rocard, de revenir sur cette célèbre « petite phrase » dont on lui attribue la paternité : « La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde ».

Vingt-ans après, l’auteur de cette sortie déplore une phrase tronquée, sortie de son contexte qui lui a permis – sacre non négligeable – de trôner, pendant de longues années, au palmarès des « petites phrases » de la politique contre l’immigration.

« Contextualisation » à déguster ici.

« On construit l’étranger comme un problème de société »

« On stigmatise la présence étrangère sur le territoire en construisant politiquement l’étranger comme un problème de société. C’est une tendance historique qu’on retrouve d’ailleurs dans d’autres pays en Europe. »

« Cette crise économique pourrait produire le même effet que dans les années 1970 après la crise de 1974 : alimenter la justification de la chasse aux migrants sur le mode : « Ils nous prennent notre travail » et impulser tous les emballements imaginables de xénophobie. »

Jérôme VALLUY, professeur de sociologie politique de l’action politique à l’université Panthéon-Sorbonne (Paris I).

Entretien réalisé par Marie Barbier, publié sur le site du quotidien L’Humanité le 06/10/2009.

« Les migrants ne sont pas des malades qui viennent en Europe pour se faire soigner »

« Les migrants ne sont pas des malades qui viennent en Europe pour se faire soigner. Ce sont, dans leur grande majorité, des individus jeunes et en bonne santé qui migrent pour des raisons politiques ou économiques, et rejoignent l’Europe pour s’y construire un avenir. Ce sont l’accueil et les conditions de vie qu’on leur réserve qui les rendent malades. »

Nathalie Simonnot, coordonnatrice de l’Enquête de Médecins du Monde sur la santé des sans-papiers.
Le Monde du 25 septembre 2009 (Article signé Laetitia Van Eeckhout)

« Enquête exclusive: La multinationale des vendeurs à la sauvette » ou Comment produire du réducteur avec de l’approximatif

Dans un reportage diffusé le dimanche 24 mai à 22H45mn sur la chaîne M6, le magazine d’information « Enquête exclusive » a tenté de décrire pendant un peu moins d’une heure ce qui nous a été présenté comme « la multinationale des vendeurs à la sauvette ». Cette enquête de choc qui a obtenu un bon score d’audience pèche par ces raccourcis expéditifs qui donnent à entendre que tout vendeur à la sauvette est un « Mouride », de la même façon qu’ils peuvent faire passer un faux-semblant pour une réalité plus complexe.

Une multinationale des mourides ?

Tout le long du reportage, on perçoit une association entre « vendeurs à la sauvette » et « mourides », combinaison à laquelle le téléspectateur risque aisément d’adhérer alors qu’elle ne résiste pas aux faits. En effet, une observation même fortuite des endroits investis par ces vendeurs à la sauvette prouve que c’est un groupe assez cosmopolite. N’en déplaise aux auteurs de ce reportage, ces Africains, dépeints en un clan organisé qui se veut maître des endroits touristiques de la capitale, partagent ces lieux avec des Indiens, des Pakistanais et des Chinois entre autres. D’ailleurs, le floutage des images n’a pu empêcher de voir que les vendeurs poursuivis n’étaient pas toujours des « individus de type africain ».
L’assimilation explicite et sans réserve des vendeurs à la sauvette aux « mourides » dans ce reportage laisse présumer chez ces derniers une conduite de profiteurs qui ne barguignent pas à abuser le fisc, la sécurité sociale, donc la France.

Univers de servitude et d’opacité ?

Le reportage dresse par ailleurs une perspective parcellaire de la doctrine « Mouride » en montrant comme une figure emblématique un personnage « mystérieux et controversé ».
La réalité reste que le personnage exhibé dans ce film ne représente pas ce qu’on peut appeler une voix autorisée dans la communauté mouride. L’influence qu’on veut lui prêter, si elle existe encore aujourd’hui, reste très marginale. Quant à ce groupe de jeunes présenté comme une milice chargée de faire la police au sein de cette communauté, leur pouvoir se cantonne à veiller à la meilleure organisation matérielle de certaines manifestations.
Par ailleurs, la multitude de sites Internet qui portent sur le Mouridisme de même que les différentes thèses, études et reportages sur l’organisation ou l’influence politico-économique de la confrérie mouride laissent dubitatif sur l’opacité que le reportage a voulu mettre en avant.
On ne peut s’interdire de reconnaître, en juxtaposant l’actualité récente sur les dérives sectaires et un autre reportage de « Enquête exclusive » du 10 mai 2009 sur les nouveaux sorciers, que la suggestion « sectaire » semble évidente.
Après avoir suivi cette émission, il subsiste ce sentiment que tant d’approximations ne pouvaient servir les objectifs poursuivis, quels qu’ils soient.

Sarah FALL

La françafrique: un marronnier au gré des affaires judiciaires

L’affaire BMA (Biens Mal Acquis) a remis au-devant de la scène médiatique pour quelque temps encore les inévitables remous de cette nébuleuse qu’est la Françafrique. Sous ce nom de françafrique, on recense les turpitudes qui sous-tendent un aspect nuisible des rapports entre la France et certains dirigeants de ses anciennes colonies africaines. Cette énième résurgence de la françafrique tend à installer des pratiques qui ruinent tout un continent, dans la niche de ces informations récurrentes, sans importance majeure et qui ne servent qu’à suppléer la pénurie.

Il faut rappeler qu’un excellent rapport, publié par le Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement sous le nom de « Biens mal acquis… profitent trop souvent. La fortune des dictateurs et les complaisances occidentales », est à l’origine de ce nouvel épisode judiciaire. Ce document, qui comporte des informations effarantes sur les immenses aptitudes de certains chefs d’Etats africains à verser dans le péculat, a été saisi au bond par certaines ONG et des citoyens africains victimes des agissements de ces concussionnaires. Les présidents Omar Bongo du Gabon, Denis Sassou-Nguesso du Congo- Brazzaville et Téodoro Obiang Nguema Mbasogo de la Guinée équatoriale ont été ainsi attraits devant la justice française pour s’expliquer sur l’origine des biens enregistrés en France en leurs noms ou de ceux détenus par leurs proches. Pour ces trois chefs d’Etats, qui totalisent 97 années de règne à la tête de leurs pays, la liste des biens qu’ils possèdent à l’étranger est d’une telle démesure que la décence nous interdit de les relater ici.
Le feu vert donné par la juge d’instruction parisienne Françoise Desset pour enquêter sur le fond à propos de la plainte contre ces trois chefs d’Etats pour « recel de détournement de fonds public, blanchiment, abus de bien social, abus de confiance et complicités », a encore ravivé le zèle du parquet qui a fait appel de cette décision le 7 mai 2009.

Ce nouvel obstacle posé par le parquet balayera des médias la sinistre question de la françafrique, ce marronnier d’un genre particulier dont l’évocation tient à la fréquence des plaintes des ONG mais aussi et surtout à ses probables retombées médiatiques dans la sphère politique française.
Après la décision salutaire de la doyenne des juges d’instruction, il serait revigorant, pour les millions d’africains qui souffrent quotidiennement des agissements vicieux de leurs dirigeants ainsi que pour les ONG qui mènent une lutte honorable contre la corruption, que les médias qui constituent un puissant levier s’emparent sérieusement de ce sujet afin que les vaines proclamations de « rupture » d’avec ces régimes corrompus se concrétisent.

S. FALL