Articles de la catégorie ‘Pêchés dans la presse’

mai 2

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Comment peut-on juger un individu « raisonnablement suspect » d’être un clandestin ? C’est à cet exercice acrobatique que les policiers de l’Arizona devront régulièrement s’occuper dès cet été si la loi votée dans ce quarante-huitième État étasunien entre en vigueur. La loi en question, promulguée le 23 avril dernier, procède d’une réforme qui durcit la réglementation sur l’immigration. Dans cet État frontalier du Mexique, où les sans-papiers, principales cibles de ce texte, estimés à 450 000 représentent un quart de la population, un des passages de la loi a soulevé de vives protestations. En permettant aux policiers d’interpeller toute personne « raisonnablement suspecte » de clandestinité, cette nouvelle législation a indigné populations et élus, démocrates et républicains confondus.

Selon le quotidien Libération, le député démocrate Jared Polis voit l’Arizona « en marche pour devenir un État policier… Cela rappelle le statut des Juifs en Allemagne avant la Seconde Guerre mondiale, qui devaient avoir leurs papiers sur eux tout le temps et étaient soumis à des contrôles sur le seul soupçon d’être juifs ». La correspondante de Libération débuche même un conservateur, Cesar Conda, qui dénonce cette « loi illégale » qui consacre le règne de « Big Brother ». Contre ce texte dont la constitutionnalité est largement contestée, même le président Obama a réagi craignant son incompatibilité aux droits civiques.

Devant ce charivari, auquel s’est mêlé le président mexicain Felipe Calderon, on ne peut s’empêcher de morigéner ces paumés : « Quand on voit ce débat sur les contrôles au faciès, on a parfois du mal à y croire, en Europe cela fait plusieurs années que nous avons résolu ce problème. En France, depuis 2007, une étude lancée par la Open Society Justice Initiative, sous la supervision technique de Lamberth Consulting et en collaboration avec deux chercheurs (Fabien Jobard et René Lévy) du Centre national de la recherche scientifique (CNRS), a confirmé que “les personnes les plus exposées aux contrôles d’identité sont les étrangers (et ceux présumés l’être), qui sont soumis à la fois aux dispositions du Code de procédure pénale et au Code de l’entrée et du séjour des entrées et du droit d’asile (Ceseda)”.» Ainsi, le seul conseil qu’on peut vous donner d’ici, chers amis Américains : « Hâtez-vous de rejoindre le club des pays qui réservent aux immigrés rafles, centres de rétention et charters ! »

N. FALL

février 15

« Le témoin-clé de ce que nos sociétés sont évidemment in-humaines est aujourd’hui le prolétaire étranger sans papiers : il est la marque, immanente à notre situation, de ceci qu’il n’y a qu’un seul monde. Traiter le prolétaire étranger comme venant d’un autre monde, voilà la tâche spécifique dévolue au « ministère de l’identité nationale », qui dispose de sa propre force de police (la « police aux frontières »).

Affirmer, contre un tel dispositif de l’État, que n’importe ouvrier sans papiers est du même monde que soi, et en tirer les conséquences pratiques, égalitaires et militantes, voilà un exemple type de morale provisoire, une orientation locale homogène à l’hypothèse communiste, dans la désorientation globale à laquelle seule sa réinstallation pourra parer. »

Alain Badiou in Le Monde, lundi 15 février 2010, p. 15

octobre 11

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Les célébrations du soixante-dixième anniversaire de la Cimade ont été l’occasion pour l’ancien premier ministre socialiste, M. Michel Rocard, de revenir sur cette célèbre « petite phrase » dont on lui attribue la paternité : « La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde ».

Vingt-ans après, l’auteur de cette sortie déplore une phrase tronquée, sortie de son contexte qui lui a permis – sacre non négligeable – de trôner, pendant de longues années, au palmarès des « petites phrases » de la politique contre l’immigration.

« Contextualisation » à déguster ici.

octobre 11

« On stigmatise la présence étrangère sur le territoire en construisant politiquement l’étranger comme un problème de société. C’est une tendance historique qu’on retrouve d’ailleurs dans d’autres pays en Europe. »

« Cette crise économique pourrait produire le même effet que dans les années 1970 après la crise de 1974 : alimenter la justification de la chasse aux migrants sur le mode : « Ils nous prennent notre travail » et impulser tous les emballements imaginables de xénophobie. »

Jérôme VALLUY, professeur de sociologie politique de l’action politique à l’université Panthéon-Sorbonne (Paris I).

Entretien réalisé par Marie Barbier, publié sur le site du quotidien L’Humanité le 06/10/2009.

octobre 9

« Les migrants ne sont pas des malades qui viennent en Europe pour se faire soigner. Ce sont, dans leur grande majorité, des individus jeunes et en bonne santé qui migrent pour des raisons politiques ou économiques, et rejoignent l’Europe pour s’y construire un avenir. Ce sont l’accueil et les conditions de vie qu’on leur réserve qui les rendent malades. »

Nathalie Simonnot, coordonnatrice de l’Enquête de Médecins du Monde sur la santé des sans-papiers.
Le Monde du 25 septembre 2009 (Article signé Laetitia Van Eeckhout)