Articles de la catégorie ‘Humour’

juin 30

Dans un excellent article du Monde diplomatique de juin 2010 sur la politique européenne en matière d’immigration, nous n’avons pas pu résister à cette mémorable saillie du Dr Pat Bertroche, Republican Candidate For US Congress:

« Je pense que nous devrions les attraper, les documenter,

s’assurer de savoir où ils se trouvent et ce qu’ils font.

En fait, je suis pour qu’on leur implante des micropuces.

Je peux poser une puce à mon chien pour le retrouver.

Pourquoi ne pourrais-je pas “pucer” un clandestin ? »

No comment !

janvier 14
Invitation à l'avant-première

Invitation à l'avant-première de HARRAGAS

Dans son nouveau film, « Harragas », Merzak Allouache raconte une traversée de la Méditerranée, de Mostaganem (Algérie) à Almeria (Espagne), effectuée sur une embarcation de fortune par un groupe de jeunes Algériens prêts à prendre tous les risques pour échapper à leur pays – « si je reste, je meure » – et, enfin, accéder aux rives de l’« Eldorado européen » (télécharger ici le dossier de presse).

Ce qui les attend, nous le savons tous : ils seront arrêtés dès leur arrivée (mis en rétention, expulsés, régularisés ?) ou, peut-être, parviendront-ils à tromper la vigilance des gardes-côtes pour endosser le triste statut de clandestins, à moins que leurs cadavres ne soient retrouvés sur une plage ou que leurs corps ne demeurent à jamais disparus.

Dans tous les cas, c’est une histoire dramatique que le narrateur, Rachid, « ne souhaite à personne », mais qui, pourtant, dans la réalité, se reproduit à un rythme intolérable. Une fiction que Merzak Allouache nous propose comme une fenêtre qui s’ouvre, comme un contrechamp profondément humain sur ces jeunes gens en quête d’un avenir décent, qui invite les spectateurs à « garder le contact » avec eux et à refuser l’instrumentalisation de leur détresse que le débat sur l’identité nationale est en train de faire émerger en France.

La sortie d’Harragas aura lieu dans une trentaine de villes, le 24 février 2010.

Afin de mettre en œuvre le relais de l’information ainsi que l’animation des débats en partenariat avec les organisations concernées, nous serions heureux de vous accueillir à l’avant-première en direction des représentants de la société civile du samedi 16 janvier 2010.

Merci de confirmer votre présence : philippe.hague@gmail.com

septembre 15

C’est un homme sans histoire mais aussi sans pays, sans passeport, sans mémoire, sans bagage, sans meuble et sans archive. « Il y a des gens comme ça ». Exclu, rejeté, seul, il va reconstituer l’enfer du décor. Le pays maudit. La fuite, le passeur. L’arrivée en France… L’accueil ! Brutalité de l’exclusion. Rudesse de la question.
« Lumière. Phares. Sifflet. Sirène. Bottes ? Chiens. POLICE ». Langage articulé, désarticulé, éclaté, brisé, en vrac. Bribes de conversations. Amours maladroites. Souvenirs à vif. Vaines tentatives. Feintes, ruses, esquives. Froideur du langage administratif. Apprentissage de la langue. Conjugaisons. Colères… Alexandra Badea restitue ces instants volés à la détresse, au désarroi, à l’intimité glacée des peurs. Elle nous propose des paroles nues, crues, brutes, abruptes… Abruptes comme la peur au ventre. Abruptes comme des mains sur un capot de voiture, comme des bras levés sous la menace, comme un contrôle dans les couloirs d’un aéroport, comme un tutoiement déplacé, comme une fouille, comme une traque, comme… un contrôle d’identité.
Bernard Magnier

Rendez-vous donc du 15 au 26 septembre 2009 au Tarmac de la Villette !

Représentations du mardi au vendredi à 20h et le samedi à 16h. Relâche les dimanche et lundi.
Parc de la Villette – 211, avenue Jean Jaurès – 75019 Paris – Location : 01 40 03 93 95
http://www.letarmac.fr

Et pour les personnes débordées en septembre, séances de rattrapages prévues en octobre:
17 octobre 2009 / Centre culturel Robert Desnos
Représentation à 20h30.
Allée Jean Wiener – 91130 Ris-Orangis – Location : 01 69 02 72 72

22 octobre 2009 / Collectif 12, Friche André Malraux
Dans le cadre du festival Jeunes zé jolie. Représentation à 20h30.
- 174, boulevard du Maréchal Juin – 78200 Mantes-la-Jolie – Location : 01 30 33 22 65
http://www.collectif12.org

Contrôle d’Identité
Écrit et mis en scène par Alexandra Badea
Chorégraphie : Serge Aimé Coulibaly
Création lumières : Philippe Amblard
Création vidéo : Emilie Aussel
Avec Madalina Constantin, Corentin Koskas, Razvan Oprea (détaché du Théâtre national I. L. Caragiale de Bucarest), Carine Piazzi
Production : Compagnie Europ’artes
Co production : le Tarmac de la Villette ; Arcadi
Aide à la création et production de la Commission internationale du Théâtre Francophone
Avec le soutien du Collectif 12 de Mantes-la-Jolie ; du Centre culturel Robert Desnos de l’agglomération d’Evry Centre Essone ; de l’Institut culturel Roumain, Paris ; Art Act.

Texte publié en août 2009 chez l’Arche Editeur.

juillet 15

Les dernières déclarations de candidature aux prochaines élections présidentielles de 2007 motivent une telle interrogation quand on sait que la société civile s’est par vocation historiquement singularisée envers la classe politique.
Les évolutions successives de la notion de société civile lui ont indiscutablement reconnu une place centrale dans la régulation sociale. Aristote, reconnu comme le père de ce concept, le définissait comme la communauté « souveraine entre toutes et qui inclut toutes les autres ». La conception contemporaine de la société civile fera plus tard apparition avec Hegel qui, à travers son ouvrage « La philosophie du droit », va mettre l’accent sur l’importance de la séparation entre l’Etat et cette communauté en proscrivant une éventuelle confusion de l’un et de l’autre. Visité par d’autres penseurs comme Karl Marx ou Antonio Gramsci, le concept de société civile fut pendant longtemps interprété au gré des situations économiques et sociales. Ces différentes évolutions de l’analyse de cette notion ont révélé ces dernières années la naissance de ce que l’on pourrait appeler la « société civile internationale ». Celle-ci qualifiée souvent de « troisième pouvoir » est essentiellement constituée des mouvements associatifs issus ou non du tiers monde qui doivent s’interposer entre les principaux acteurs de la mondialisation, c’est à dire les grandes multinationales et les organisations internationales régulatrices.
Après ces observations historiques, il faut relever que le concept de société civile est assez polysémique. C’est une expression qui présente parfois l’avantage de tout englober d’où ses caractéristiques composites au Sénégal.
L’effort national de construction d’une démocratie vivante ne pourrait se consolider au Sénégal sans que des associations en tous genres n’y voient le jour. Signe d’une société qui n’est pas figée, la société civile sénégalaise se révèle d’une diversité susceptible de fortifier notre jeune démocratie. Dans un paysage assez hétéroclite, on remarque une profusion d’Organisations Non Gouvernementales, beaucoup d’associations, les universités, les syndicats et les médias.
Cette texture ainsi décrite, à laquelle s’ajoute une représentativité sujette à caution, porte atteinte à la visibilité d’ensemble de la société civile sénégalaise. Ainsi en dépit d’une pléthore d’organisations, dans l’imaginaire populaire des sénégalais la représentation de la société civile se limite principalement aux grandes organisations représentatives. Parmi celles-ci les acteurs du secteur des ONG comme le CONGAD, ENDA et le Forum civil partagent la sphère avec des universitaires et certains intellectuels issus du monde des médias ou non.
Les membres de cette frange de la société civile ont pu, durant ces dernières années, se positionner dans le champ de domination socio-politique comme des acteurs principaux du jeu démocratique. Leur contribution depuis plusieurs années en vue de revitaliser la citoyenneté de même que leur engagement lors des élections de 2000 pour la transparence du processus sont autant d’actes qui ont servi à leur assurer une crédibilité auprès des pouvoirs publics et surtout des populations. Cette fraction visible, et sans doute représentative de la société civile, a accompagné l’évolution démocratique du Sénégal et s’impose aujourd’hui comme un nouvel interlocuteur politique.
La question qui se pose est de savoir si cette société civile est porteuse de l’intérêt public, si ces maillons essentiels du processus démocratique sont plus aptes à traduire les aspirations du peuple ? C’est dans cette perspective qu’il faut examiner les récentes candidatures de Me Mame Adama Guèye et Yoro Fall qui portent à trois le nombre de candidats s’identifiant comme issus de la société civile. Cette dernière étant généralement considérée comme un groupe de pression qui n’a pas pour vocation la conquête du pouvoir, ces candidatures peuvent sembler inconvenants. Cependant il faut tout d’abord souligner que la société civile ne peut pas être apolitique de par son champ d’intervention. Et qu’en outre toute personne qui croit pouvoir concourir à la vitalité de la démocratie en présentant sa candidature à une fonction élective devrait être encouragée. Les principes de base de la démocratie induisent que les droits de vote mais aussi d’éligibilité ne doivent souffrir d’aucune limitation en dehors de celles prévues par la loi. A notre avis la morale républicaine n’interdit aucunement que des candidatures indépendantes de personnalités issues de la société civiles puissent éclore. Ceci d’autant plus que le monde politique n’hésite jamais en cas de besoin de se rapprocher de la société civile pour y trouver de nouvelles forces ou idées.
En réalité ces candidatures nous interpellent surtout quant à leur motivation première, c’est à dire répondent-elles en réalité à cette dangereuse illusion d’une société civile présentée comme le remède unique à tous les maux. La profonde crise éthique et politique, que connaît le Sénégal du fait de certaines pratiques partagées quasiment par l’ensemble du personnel politique, peut indiscutablement conduire à la désaffection des citoyens et des citoyennes envers les professionnels de la politique. Cette situation agrandit le fossé qui sépare nos concitoyens et ces élus de plus en plus puissants. Et on peut dans cette perspective comprendre que les populations désabusées s’accrochent à une société civile qui a souvent revendiqué son extériorité par rapport à l’Etat et au pouvoir politique. Il reste toutefois clair que la crédibilité légitime de ces acteurs non étatiques ainsi que leur candeur dans la conduite des affaires politiques loin d’être des garanties de réussites devraient les pousser s’engager dans un dialogue franc avec les populations. Un tel dialogue devant alerter sur les difficultés de la tâche, aura le mérite d’introduire une nouvelle façon de faire la politique mais aussi d’éviter les probables désillusions.
Un avantage non négligeable de cette immersion des personnalités issues de la société civile dans les prochaines joutes électorales, c’est qu’elle peut favoriser chez les populations un regain d’intérêt pour la chose politique et par la même occasion juguler l’ « à-quoi-bonisme » qui est le principal vecteur de l’abstentionnisme.

Sarah FALL

juillet 15

« Aucune société ne peut être heureuse, dans laquelle la plus grande partie de ses membres est pauvre et misérable ».
Adam Smith

La récurrence et la prédominance de ce thème dans le débat politique tout au long de ces vingt dernières années nous inclinent à raisonner en termes de « monologue » d’un chômage auquel ses différents interlocuteurs ne parviennent toujours pas à donner la repartie efficiente.
L’acuité de ce problème aujourd’hui relance la question des solutions offertes par le  droit du travail face au fléau du chômage ainsi que celle de l’efficacité des différentes politiques gouvernementales mises en œuvre pour promouvoir l’emploi.
Les rigoureux programmes d’ajustement structurel adoptés par le Sénégal, sous la pression des institutions financières internationales, du début des années quatre-vingt jusqu’au milieu des années quatre-vingt-dix ont eu des effets néfastes sur l’emploi qui languissait déjà d’une situation économique hostile. Il fallait de ce fait pour relancer la croissance économique grâce à investissements étrangers s’attaquer à cette branche du droit social qui régit les rapports individuels et collectifs que crée le travail entre les hommes. La flexibilité sera ainsi le maître mot pour engager les réformes qui adapteront notre législation du travail au contexte économique international. L’article 35 de l’ancien code du travail qui semblait consacrer l’emploi permanent fut, malgré les protestations des syndicats, la première victime de ce mouvement de flexibilisation. La règle posée afin de limiter le recours abusif aux contrats à durée déterminée, connaîtra plusieurs dérogations dont  la dernière résulte du nouveau code du travail de 1997. L’article L 43 du code de 1997 écartera ainsi du champ de cette règle les « entreprises relevant d’un secteur d’activité dans lequel il est d’usage de ne pas recourir au contrat à durée indéterminée en raison des caractéristiques de l’activité exercée, lorsque l’emploi de ces travailleurs est par nature temporaire ». La précarisation amorcée aboutira, entre autres, à la suppression de l’autorisation administrative préalable au licenciement économique, une exigence légale jusqu’à l’avènement du nouveau code de 1997 ainsi qu’à l’institution du chômage technique.
Même si la flexibilité s’est présentée comme une dynamique puissante à laquelle aucune intervention politique ou réglementaire ne pouvait se soustraire efficacement,  on peut, au regard des résultats sur l’emploi, se douter de la vertu des différentes mesures sur notre législation du travail qu’elle a exigées. Et les expériences des pays développés en la matière peinent à convaincre. Les baisses du chômage annoncées dans ces pays résultent souvent de la multiplication des emplois sous payés ou à temps partiel. C’est ainsi qu’on y observera, comme du reste chez nous, que même si le taux du chômage de masse décline, la misère qui lui est liée reste perceptible dans une large composante des populations.
Le bilan de cette flexibilisation progressive semble donner raison aujourd’hui au Pr. Freeman de l’Université de Harvard lorsqu’il notait que faciliter les licenciements ne créait pas forcément d’emplois mais modifiait plutôt le partage du gâteau entre employeurs et salariés au bénéfice des premiers.
Alors que certains spécialistes préconisent la suppression du droit du travail ou sa fin devant son incapacité à trouver des réponses fermes aux problèmes posés par le chômage, que dire des différentes politiques de promotion de l’emploi déployées depuis de longues années. Depuis la Politique Nationale de l’Emploi mise en place en 1997, une kyrielle de projets et de programmes ont suivi pour éradiquer les phénomènes du chômage, du sous-emploi et de la pauvreté. C’est dans ce cadre qu’on a vu naître le Répertoire Opérationnel des Métiers et Emplois (ROME), l’Agence Nationale Pour l’Emploi (ANPE), le Système d’Information sur le Marché de l’Emploi (SIME), le Fonds National de Promotion de l’Entreprenariat Féminin (FNPEF), le Fonds National de Promotion de la Jeunesse (FNPJ), le Fonds National d’Insertion des Jeunes (FNIJ)… Et la liste n’est pas exhaustive.
Sans remettre en cause l’urgence de la situation qui peut justifier toutes ces réalisations, on peut se demander si ces politiques d’emplois onéreuses et développées depuis des années sont parvenues à faire reculer le chômage de masse et à réduire la pauvreté. La réalité du chômage des jeunes, la pauvreté, la misère et l’exclusion grandissantes chez la majorité des populations sénégalaises devraient inviter à revoir la stratégie.
Les conséquences de la mondialisation nécessitent d’adopter des politiques pour s’adapter davantage aux besoins du marché. Ceci passe, par exemple, par des formations qui suivent l’évolution des métiers. Ces métiers dont la structure change et qui se muent de façon qualitative et quantitative.
Mais le préalable indispensable à une lutte sérieuse contre le chômage commence par la récolte d’une information fiable et non l’utilisation de statistiques reflétant indiscutablement l’existence d’un « chômage invisible ». Il en est, sans doute, ainsi du taux de chômage au Sénégal estimé à 40% par le Ministère des affaires étrangères français en juillet 2006.

Sarah  FALL