Articles de la catégorie ‘Opinions’

mai 25

Dans une tribune publiée sur lemonde.fr, Jacques Diouf, le directeur général de la FAO, s’indigne du sort réservé par les leaders politiques au traitement de la cruelle tragédie de la faim dans le monde. Alors que ce désastre décime depuis plusieurs années les populations des pays pauvres, les leaders politiques – ceux dont les actes ont des conséquences sur des millions de vies – semblent plus préoccupés à sauver les banques et autres acteurs du système financier. La faim, elle leur paraît si éloignée géographiquement (Afrique, Asie, autres habitués de la liste) qu’aucune urgence ne se justifie, ceci malgré des cas bien réels de malnutrition dans les sphères occidentales.

Quelques extraits de la colère de Jacques Diouf :

« Le nombre de personnes souffrant de faim et de malnutrition a augmenté de plus de 100 millions en 2009. Toutes les six secondes sur l’ensemble de la planète, un enfant meurt de faim ou de maladie liée à la malnutrition, soit plus de 5 millions d’enfants chaque année.

Depuis le milieu des années 80, au lieu de voir augmenter la part de l’agriculture dans l’aide publique au développement, c’est une diminution de 43 % qu’a subi cette aide supposée permettre aux pauvres d’assurer leur auto-suffisance alimentaire.

En Italie, à L’Aquila, lors du sommet du G8 en juillet dernier, les chefs d’Etat et de gouvernement de la planète se sont solennellement engagés à mobiliser 22 milliards de dollars sur trois ans en faveur du soutien aux pauvres et aux affamés dans les pays en développement afin qu’ils puissent produire eux-mêmes leur nourriture. Mais dix mois plus tard, en dépit de tous les efforts fournis pour assurer le suivi de ces engagements, en dépit de la création d’un fonds de la Banque mondiale pour une agriculture globale et un programme de sécurité alimentaire, quelle part de ces engagements a-t-elle été versée aux petits exploitants agricoles des pays les moins développés ? Une part insignifiante.

Je veux que vous siffliez aussi fort que possible afin de faire comprendre au monde qu’à ce moment précis, un milliard d’êtres humains souffrent de la faim au moment précis où vous sifflez, que vingt à trente enfants sont morts pendant que vous lisiez ces quelques lignes. Je veux que vous siffliez pour dire que c’est inacceptable et que vous voulez que ça cesse. Tout de suite. »

Signez la pétition à cette adresse  www.1billionhungry.org

avril 8

Lésé par une politique aveugle de fermeture des frontières, alors qu’il souhaitait de la manière la plus naturelle partager un moment fort de sa vie avec sa propre mère, le docteur Ibrahim Guèye exprime ici son sentiment de frustration aux autorités concernées.

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Paris, le 31 Mars 2010

Lettre ouverte à Son Excellence Monsieur le Consul Général de France à Dakar

Son Excellence Monsieur le Consul Général

L’indifférence que vous avez affichée ne me laisse pas d’autre choix que de vous adresser une lettre ouverte pour protester vivement contre le tort que vous avez causé à ma mère et à moi-même.

Mon histoire est la suivante. Lire le reste de cet article »

mars 5

« Témoigner… Témoigner jusqu’à ce que la sidération se répande et que les foules se lèvent »

Ce texte est issu d’un ouvrage collectif sur la rétention administrative, qui sera publié en septembre 2010 aux Editions Actes Sud. C’est le témoignage de Eve-Marie Chrétien, ancienne intervenante de La Cimade au centre de rétention de Massy Palaiseau.

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On me dit que je ne serai plus dedans. Que demain, c’est le dernier jour. Qu’après celui-là, il n’y en aura plus d’autre. Après, je ne serai plus dedans, me dit-on sans tenir compte du théorème de Bonnefoy : ici peut devenir là-bas, sans cesser d’être.

Nous avons pénétré l’impénétrable. Dans un sens, et dans l’autre. Dehors, dedans, dehors à nouveau, puis dedans encore. Nous nous sommes déplacés sur les frontières. La frontière, là, juste là… celle entre la fin du trottoir et le début de la grille électrique, sous les caméras. La frontière entre ceux qui ont éprouvé la rétention dans leur corps et dans leur temps et ceux qui sont autour. La frontière entre la loi et la justice. La frontière entre la zone libre, et la zone d’enfermement. Et c’est en nous tenant sur ce milieu-là qui nous sectionne, que nous avons sans doute éprouvé, et vécu ce qu’il y a de plus universel en nous-mêmes et en chacun.

Oui, de ce côté de la grille, l’Homme est Homme. D’où qu’il vienne, Bhoutan, Tchétchénie, Brésil, Chine, Ethiopie, Roumanie, il est le même quand il est cerné de murs. D’où qu’il vienne, prison, squat, pavillon, campement, hôpital, aéroport, il est le même quand il se voit voler son espérance, trésor de l’Humanité. Les centres de rétention : des entrepôts au bord d’une falaise. Oui, de ce côté de la grille, nous avons été avec eux, pour la Cimade et nous avons vu du monde. Et puis de plus en plus de monde. Et toujours plus. Jusqu’à ce que nous ne voyions même plus les visages.

Pourtant aucun rythme ne pourra nous éloigner de ce que nous avons à dire : il y a ceux qui arrivent pour la première fois en rétention. Ceux qui trouillent comme des fous et que la trouille empêche complètement d’écouter et de comprendre ce qu’on leur explique. Ceux que la trouille élève et mobilise, et qui ont naturellement les réactions  les plus efficaces. Ceux qui ont une trouille à vous insuffler des tonnes d’énergie.

Ceux qui savent que les nuits sont indormables ici, et qui voudraient, au moins dans leurs rêves, pouvoir disposer d’eux-mêmes. Il y a ceux qui ont traversé la Lybie, le Liban, la Turquie et la Grèce et dont l’élan a aboli la peur. Ceux qui ont confiance en leur étoile, Allah ou le consul. Ceux qui sortent de prison et qui sont presque heureux en rétention. Oui, vous pouvez téléphoner ici. Oui, vous pouvez avoir de la visite ici. Ici, c’est génial. Une fois les premiers jours passés, ils comprennent ce qu’est la double peine et ils deviennent en colère. Lire le reste de cet article »

janvier 23
septembre 14

De Frédéric Taddeï sur France 3 à Thierry Ardisson sur Canal Plus, sans oublier son passage sur TF1 dans l’émission « Sept à Huit », le sénégalais Omar Ba a été une coqueluche des médias après la publication de ses deux ouvrages: « Soif d »Europe » et « Je suis venu, j’ai vu, j’y crois plus ».
Voici une chronique, parue sur le site REGARDS, qui montre comment Omar Ba a su se muer en parfait client de certains médias.
Malgré la mise à nu de son imposture, on ne désespère pas de voir le ministre de l’Immigration et de l’Identité Nationale proposer sa nomination dans l’Ordre national du Mérite. A moins que ses soutiens de la Fédération du Front National de l’Essonne ne déclenchent une procédure d’initiative citoyenne pour le récompenser de son « témoignage vrai ».

S. FALL

La chronique d’Eric Fassin

Omar Ba, une imposture bonne à entendre

POUR LES MEDIAS, OMAR BA ETAIT DEVENU DEPUIS 2008 « UN EMPECHEUR D’EMIGRER EN ROND » (20 minutes). Ce jeune Sénégalais s’était fait connaître par deux livres : le premier, Soif d’Europe, est censé raconter son calvaire de clandestin ; le second, en 2009, affiche sa désillusion : je suis venu, j’ai vu, je n’y crois plus. Son message est clair : pour les Africains, l’émigration européenne est un mirage. Il veut « casser les stéréotypes sur l’Eldorado européen » (www.afrik.com), car au-delà des inéluctables déceptions individuelles, « l’immigration n’est pas la solution aux problèmes de l’Afrique ». L’habitant d’Evry devient la coqueluche des médias français – télévision, radio, presse lui donnent la parole – pour mieux dire aux Africains : « Ne venez pas ! »
Dans Le Monde du 8 juillet, Benoît Hopquin révèle toutefois qu’Omar Ba est un imposteur : « Las ! Cette épopée est largement inventée. » C’est un récit « truffé d’incohérences et d’anachronismes ». L’intéressé finira d’ailleurs par en convenir : « Mon témoignage ne repose pas uniquement sur des événements que j’ai vécus personnellement mais aussi sur des drames vécus par d’autres, des anonymes dont la voix est trop souvent tue. »(1) Et de s’en justifier : « “Peut-être n’ai-je pas vécu en mon corps : peut-être ai-je vécu la vie des autres”, écrit Pablo Neruda en exergue de sa célèbre autobiographie. » Omar Ba maintient donc son argument en rejetant la confusion, qu’il attribue désormais à ses adversaires, « entre ce que je suis et ce que je dis ».
Pourquoi aura-t-il fallu si longtemps pour que la vérité sorte en France ? Un an plus tôt, un autre expatrié, Bathie Ngoye Thiam, avait déjà dénoncé la supercherie sur un site de la diaspora (2) en démontant le témoignage : « Il raconte “son” aventure tirée par les cheveux, tellement [qu’] il en rajoute et s’y perd. » Si la presse française ne s’en est pas souciée, c’est sans doute que le message, en apparence adressé aux Africains, était en réalité à l’intention d’un public français. Car la clé du succès d’Omar Ba, c’est sa capacité à tirer les leçons de ses échecs pour s’adapter à la demande. Pour s’en convaincre, il suffit de remonter à ses deux ouvrages précédents : si Pauvre Sénégal, publié en 2006 sur Internet, s’en prenait à la politique de son pays d’origine, la même année, le titre suivant fustigeait son pays d’accueil : La France, une république ? Le racisme au sommet. Mais aucun des deux n’a eu le moindre écho. L’étudiant en sociologie a donc dû s’employer à comprendre la société française avant de savoir répondre à ses attentes médiatico-politiques.
Or s’il y parvient, c’est paradoxalement en se posant en briseur de tabous : pour L’Express, « Omar ne craint pas de prendre à rebrousse-poil ses compatriotes. Et la gauche droits-de-l’hommiste. “Je suis révolté par le discours commun qui taxe l’Europe d’absence d’humanité”, assène-t-il. » « Omar découvre une France qu’il ignorait, celle de la précarité et de la pauvreté, du chômage et du surendettement. Un pays moins raciste qu’il ne le craignait. Simplement “utilitariste” : “On n’a pas besoin, ici, d’hommes et de femmes sans qualification. Telle est la loi impitoyable de l’économie libérale.” » Il poursuit, dans Libération du 12 mai dernier : « Aujourd’hui, j’affirme que l’immigration tous azimuts est un double drame. Pour le pays d’origine et pour le pays d’accueil. Je déplore l’irresponsabilité d’un internationalisme naïf qui voit dans l’émigration vers les pays du Nord le salut de ceux du Sud. »
Omar Ba se fait donc le chantre du « codéveloppement » cher à nos ministres de l’Immigration : pour lui, c’est « gagnant-gagnant ». Sur le plateau de Thierry Ardisson (3), il complète son argument : « 308 milliards de dollars ont été envoyés vers les pays en développement en 2008 (c’est la Banque Mondiale qui le dit) par les immigrés – est-ce que cet argent-là a servi à grand-chose ? Si l’émigration était la solution aux problèmes de l’Afrique, ça se saurait ! » En réponse, Xavier Darcos abonde dans son sens : « Nous sommes tous d’accord sur le fait que l’Afrique a besoin de conserver ses propres forces, et que c’est en elle-même qu’elle doit trouver son propre développement. »
Mais c’est sa phrase suivante qui donne la clé de son enthousiasme, et de l’engouement général : « Cette dénonciation par un Africain lui-même (sic), c’est très intéressant à entendre ! » Bathie Ngoye Thiam l’avait bien deviné : « Omar Ba, notre cher compatriote, s’est sans doute dit : “Voilà un bon créneau…” » La réaction d’un lecteur de Libération est éloquente : « Rien à redire à TOUT ce qui a été écrit. Si cela l’avait été par un Européen, il aurait été taxé de xénophobe (au mieux). » Du reste, même démasqué, le faux clandestin n’est pas tout à fait isolé : dans l’Essonne, le Front national (4) lui conserve son soutien. La France aux Français ? Omar Ba a mieux à offrir : les Africains à l’Afrique.
É.F.

Paru dans Regards n°64, septembre 2009

1. http://omarba.skyrock.com
2. http://www.afriquechos.ch
3. http://www.youtube.com/watch?v=Z2L9j3wopcQ
4. http://frontnational91.over-blog.com/article-33957578.html
1er septembre 2009 – Eric Fassin
Source TERRA : http://www.regards.fr/article/?id=4258