« À force de parler de personnes issues de l’immigration, on entre dans une logique racialisée qui distingue les Français entre eux »

Extraits d’une interview du sociologue Eric Fassin publiée par 20 Minutes.

Racisme et discrimination

« Brice Hortefeux, alors ministre, a été condamné pour injure raciale. Ce n’est pas un problème individuel : la politique actuelle entraîne une racialisation de la France, en opposant à l’immigration une identité nationale blanche. »

« L’anti-racisme ne doit plus seulement combattre le racisme idéologique, mais aussi les discriminations systémiques, qui dépassent les intentions et les idéologies. Prenons deux exemples : les journalistes et les universitaires. Dans les deux cas, presque tout le monde est anti-raciste, mais tout le monde ou presque est blanc. »

Elle et sa Black Fashion Power

« J’ai cosigné une tribune critique sur lemonde.fr. La légèreté de cet article reflète, sans même y réfléchir, les logiques qui sont à l’œuvre dans notre société, et contribue ainsi à les reproduire. Ça ne veut pas forcément dire que la journaliste est raciste, mais elle véhicule tous les clichés qui font qu’on se représente les Noirs uniquement comme des jeunes de cités à casquette, sans voir qu’ils sont présents dans toutes les classes sociales. Et quand la rédactrice en chef se défend en expliquant que l’article se voulait « bienveillant », c’est encore un problème : les Noirs n’attendent pas la bienveillance, mais l’égalité ! »

Les « grands blacks costauds » du football

« Cela revenait à croiser le vieux racisme biologique avec le racisme d’en haut, qui dérive de la xénophobie d’État. Ainsi, à force de parler d’immigrés « de la deuxième génération », ou de personnes issues de l’immigration, on entre dans une logique racialisée qui distingue les Français entre eux. Mais ce n’est pas par nature que les Noirs courent plus vite ou sautent plus haut ! Ces différences ne s’expliquent pas par des raisons purement biologiques ; elles ont une histoire et peuvent donc changer. »

« Nous sommes heureux de vous accueillir sur ce vol Air France à destination de Conakry »

Ce 20 janvier, le décollage est prévu à 10 h 30 depuis l’aéroport Charles-de-Gaulle. À l’embarquement, le personnel de bord est fort prévenant et ne signale aucune particularité sur le vol. À l’arrière de l’avion, pourtant, un homme hurle.« Laisse-moi, je veux descendre ! J’ai pas volé, j’ai pas tué, moi je suis pas esclave. » Il est entouré par quatre hommes et une femme, dont les brassards indiquent « police aux frontières ». « Je veux partir pour moi-même, je veux emmener le mot liberté avec moi. » En réponse à ses cris, il y a d’abord le silence des passagers. Et un terrible sentiment d’impuissance et de honte.

« Je n’aime pas non plus assister à ça, dit un steward. Mais on n’a pas le droit de s’en mêler. Mieux vaut peut-être pour lui qu’il soit là que dans un charter. Ici, au moins, on est là, on voit leurs pratiques, et on est avec lui. » Prière donc aux passagers de se montrer sourds, muets et consentants. Mais l’avion a du retard, et l’homme, malgré le tranquillisant injecté dans son bras, se débat toujours autant. Dans sa bouche, les mêmes mots reviennent en boucle. « Ne vous inquiétez pas, ça va finir par se calmer », assure le steward. En fond sonore, la voix du personnel : « Nous sommes heureux de vous accueillir sur ce vol Air France à destination de Conakry. »

La suite sur basta!

Claude Guéant, grand chasseur d’immigrés devant l’Eternel

© Patrick Sagnes / ZARMA


Avec 32 922 étrangers boutés hors du territoire en 2011, la France devrait obtenir une bonne cotation à la Bourse aux expulsions. Le ministre de l’Intérieur, Claude Guéant, ne cache pas sa satisfaction devant une telle performance : « Ce chiffre est supérieur de 5 000 à celui de 28 000 initialement fixé. C’est le plus élevé jamais atteint », a déclaré le locataire de la Place Beauvau à un point de presse mardi 10 janvier.

2012 commençant bien côté chiffres, Guéant compte bien doper la machine à expulser avant le prochain décompte. Il a ainsi annoncé que le gouvernement vise un objectif de 35 000 expulsions à la fin de cette année. On ne doute pas que comme pour 2011, ce but salutaire pour la République sera atteint et dépassé.

Fier de ce bilan, qui fait passer les Brice Hortefeux et autre Eric Besson pour des apprentis expulseurs, M. Guéant a en outre informé — à l’endroit de ses adversaires sur ce thème qui lui demandent d’en faire toujours plus — qu’il compte bien réduire l’immigration légale. De 200 000, les étrangers admis régulièrement chaque année en France passeront à 180 000.

À quelques mois des élections présidentielle et législatives, ces résultats peuvent faire beaucoup de bien au candidat à la députation à Boulogne-Billancourt Claude Guéant mais aussi au président de la République Nicolas Sarkozy, dont la candidature attendue est bridée par des sondages obstinément défavorables.

Ban Ki-moon : « Les droits de l’homme sont la prérogative inaliénable des 214 millions de migrants et leurs proches »

Nous reproduisons ci-dessous le message du secrétaire général des Nations unies à l’occasion de la Journée internationale des migrants, fêtée ce dimanche 18 décembre 2011. Une fois n’est pas coutume, nous partageons entièrement l’analyse de M. Ban Ki-moon.

« Les migrations touchent tous les pays et les mythes et les préjugés que font naître leurs conséquences n’en épargnent aucun.
Ainsi, on croit à tort que les migrants sont une charge, alors qu’en réalité ils apportent beaucoup à leur pays d’accueil.

Travailleurs, ils apportent des compétences. Entrepreneurs, ils apportent des emplois. Investisseurs, ils apportent des capitaux. Dans les économies avancées et émergentes, ils jouent un rôle indispensable dans l’agriculture, le tourisme et le travail domestique. Souvent, ce sont eux qui prennent soin des membres les plus jeunes ou les plus âgés de la société.

Certains considèrent l’immigration illégale comme un délit. Beaucoup pensent que les immigrés sans papiers sont dangereux pour la société, qu’ils devraient être arrêtés, ou que toutes les femmes qui émigrent pour occuper des emplois peu qualifiés sont victimes de la traite.
Ces mythes, entre autres croyances infondées, font adopter des politiques de l’immigration qui sont au mieux inadaptées et au pire dangereuses.

Les États ont, certes, le droit souverain d’administrer leurs frontières. Ils ont, aussi, le devoir de se conformer aux obligations qu’ils ont contractées en droit international. Or, en vertu du droit international des droits de l’homme, tout être humain, sans discrimination aucune et quels que soient sa nationalité ou son statut officiel, peut jouir de ses droits fondamentaux. Aucun migrant ne devrait être renvoyé là où il risque d’être torturé. Aucune migrante ne devrait rester privée de soins, notamment en matière de procréation. Aucun enfant migrant ne devrait être privé de l’école.

Les droits de l’homme ne sont pas un acte de charité ni une récompense que l’on attribue à celui qui respecte les règlements d’immigration. Les droits de l’homme sont la prérogative inaliénable de tous les êtres humains, y compris 214 millions de migrants et leurs proches.

Quarante-cinq pays ont ratifié la Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille. J’invite tous les autres à souscrire à ce grand texte pour s’engager concrètement à protéger et promouvoir les droits de l’homme de tous les migrants sur leur territoire.

Lorsque leurs droits sont violés, lorsqu’ils sont marginalisés et exclus, les migrants ne peuvent rien apporter, ni financièrement ni socialement, à la société qu’ils ont quittée ni à celle qu’ils rejoignent. En revanche, lorsque les migrations sont soutenues par une bonne politique et par la protection des droits de l’homme, elles peuvent être un facteur de progrès pour les personnes autant que pour les pays, qu’ils soient pays d’origine, pays de transit ou pays de destination.

Donnons un contenu constructif à cette Journée internationale des migrants en agissant de manière à démultiplier un phénomène planétaire en une dynamique de progrès. »

Solidarité avec les migrants au programme le 18 décembre


C’est suivant le cri de ralliement, « Ensemble pour les droits et la dignité des migrant(e)s », qu’une action collective est prévue le dimanche 18 décembre 2011 dans toute la France pour commémorer la Journée internationale de solidarité avec les migrants (International Migrants Day). A Paris, une manifestation sera conduite à 15 heures à Belleville par des organisations qui depuis plusieurs années se sont illustrées dans la défense, le soutien ou l’aide aux immigrés.

Autour de cette mobilisation : des associations (Act Up, Attac, Cimade, Droits-Devant, Femmes Égalité, Fasti, FTCA, Gisti, LDH, MRAP), des collectifs (D’ailleurs nous sommes d’ici, RESF, UCIJ), des syndicats (CGT, FSU, Solidaires) et des partis politiques (Alternatifs, NPA, PCF, PCOF, PG). Dans leur communiqué, ils précisent : « Nous entrons dans une phase de débats électoraux où nous souhaitons faire entendre la voix de la solidarité, de l’hospitalité et de la fraternité. »

Cette journée sera ainsi une occasion pour les initiateurs de la manifestation d’exiger, des candidats à la présidentielle de 2012, les promesses de mise en œuvre d’une « politique de solidarité réelle, juste et généreuse ». Côté ambiance, rappelons que cet appel fuse au sortir d’une semaine au cours de laquelle la question du droit de vote des étrangers aux élections municipales a suscité une mobilisation de première volée et quelques protestations.

Dernière précision : la Convention des Nations unies sur la protection des droits des travailleurs migrants et des membres de leur famille, en vigueur depuis juillet 2003, attend toujours la ratification de la France.