Embouchons nos sifflets contre cette faim qui tue !

Dans une tribune publiée sur lemonde.fr, Jacques Diouf, le directeur général de la FAO, s’indigne du sort réservé par les leaders politiques au traitement de la cruelle tragédie de la faim dans le monde. Alors que ce désastre décime depuis plusieurs années les populations des pays pauvres, les leaders politiques – ceux dont les actes ont des conséquences sur des millions de vies – semblent plus préoccupés à sauver les banques et autres acteurs du système financier. La faim, elle leur paraît si éloignée géographiquement (Afrique, Asie, autres habitués de la liste) qu’aucune urgence ne se justifie, ceci malgré des cas bien réels de malnutrition dans les sphères occidentales.

Quelques extraits de la colère de Jacques Diouf :

« Le nombre de personnes souffrant de faim et de malnutrition a augmenté de plus de 100 millions en 2009. Toutes les six secondes sur l’ensemble de la planète, un enfant meurt de faim ou de maladie liée à la malnutrition, soit plus de 5 millions d’enfants chaque année.

Depuis le milieu des années 80, au lieu de voir augmenter la part de l’agriculture dans l’aide publique au développement, c’est une diminution de 43 % qu’a subi cette aide supposée permettre aux pauvres d’assurer leur auto-suffisance alimentaire.

En Italie, à L’Aquila, lors du sommet du G8 en juillet dernier, les chefs d’Etat et de gouvernement de la planète se sont solennellement engagés à mobiliser 22 milliards de dollars sur trois ans en faveur du soutien aux pauvres et aux affamés dans les pays en développement afin qu’ils puissent produire eux-mêmes leur nourriture. Mais dix mois plus tard, en dépit de tous les efforts fournis pour assurer le suivi de ces engagements, en dépit de la création d’un fonds de la Banque mondiale pour une agriculture globale et un programme de sécurité alimentaire, quelle part de ces engagements a-t-elle été versée aux petits exploitants agricoles des pays les moins développés ? Une part insignifiante.

Je veux que vous siffliez aussi fort que possible afin de faire comprendre au monde qu’à ce moment précis, un milliard d’êtres humains souffrent de la faim au moment précis où vous sifflez, que vingt à trente enfants sont morts pendant que vous lisiez ces quelques lignes. Je veux que vous siffliez pour dire que c’est inacceptable et que vous voulez que ça cesse. Tout de suite. »

Signez la pétition à cette adresse www.1billionhungry.org

Raisonnablement suspect

D.R.

D.R.

Comment peut-on juger un individu « raisonnablement suspect » d’être un clandestin ? C’est à cet exercice acrobatique que les policiers de l’Arizona devront régulièrement s’occuper dès cet été si la loi votée dans ce quarante-huitième État étasunien entre en vigueur. La loi en question, promulguée le 23 avril dernier, procède d’une réforme qui durcit la réglementation sur l’immigration. Dans cet État frontalier du Mexique, où les sans-papiers, principales cibles de ce texte, estimés à 450 000 représentent un quart de la population, un des passages de la loi a soulevé de vives protestations. En permettant aux policiers d’interpeller toute personne « raisonnablement suspecte » de clandestinité, cette nouvelle législation a indigné populations et élus, démocrates et républicains confondus.

Selon le quotidien Libération, le député démocrate Jared Polis voit l’Arizona « en marche pour devenir un État policier… Cela rappelle le statut des Juifs en Allemagne avant la Seconde Guerre mondiale, qui devaient avoir leurs papiers sur eux tout le temps et étaient soumis à des contrôles sur le seul soupçon d’être juifs ». La correspondante de Libération débuche même un conservateur, Cesar Conda, qui dénonce cette « loi illégale » qui consacre le règne de « Big Brother ». Contre ce texte dont la constitutionnalité est largement contestée, même le président Obama a réagi craignant son incompatibilité aux droits civiques.

Devant ce charivari, auquel s’est mêlé le président mexicain Felipe Calderon, on ne peut s’empêcher de morigéner ces paumés : « Quand on voit ce débat sur les contrôles au faciès, on a parfois du mal à y croire, en Europe cela fait plusieurs années que nous avons résolu ce problème. En France, depuis 2007, une étude lancée par la Open Society Justice Initiative, sous la supervision technique de Lamberth Consulting et en collaboration avec deux chercheurs (Fabien Jobard et René Lévy) du Centre national de la recherche scientifique (CNRS), a confirmé que “les personnes les plus exposées aux contrôles d’identité sont les étrangers (et ceux présumés l’être), qui sont soumis à la fois aux dispositions du Code de procédure pénale et au Code de l’entrée et du séjour des entrées et du droit d’asile (Ceseda)”.» Ainsi, le seul conseil qu’on peut vous donner d’ici, chers amis Américains : « Hâtez-vous de rejoindre le club des pays qui réservent aux immigrés rafles, centres de rétention et charters ! »

N. FALL

Bonne fête aux travailleurs, surtout sans-papiers

Ils travaillent en France, ils vivent en France, ils s’acquittent de toutes leurs obligations fiscales envers l’État français. Pourtant, aussi saugrenu que cela puisse paraître, ils sont sans-papiers. Et pire, ils risquent de le demeurer car depuis des années que dure cette aberration, rien n’est fait pour y mettre un terme. Constamment exposés aux expulsions, ils le sont aussi, avec leur cortège de violences morales et physiques, d’humiliations et d’injustices. D’où ce slogan à répéter continuellement, s’il le faut, et fort légitimement ce 1er mai :

“ ON BOSSE ICI ! ON VIT ICI ! ON RESTE ICI ! ”